Comment dissuader son adversaire

Dans l’idéal, lorsqu’on est victime d’une altercation, on voudrait tous pouvoir éviter la confrontation physique en démontrant à son agresseur, à la force des mots, qu’en arriver à une telle extrémité est inutile et pourrait avoir des conséquences désastreuses. Mais comme vous vous en doutez, cela n’est pas toujours facile ou même possible. Beaucoup de facteurs entrent en ligne de compte, comme l’état de votre agresseur, sa détermination, sa faiblesse psychologique… Nous aborderons aujourd’hui les principaux moyens de désamorcer ces situations tout en vous prévenant que cela ne vous dispense pas de vous préparer à un éventuel revirement comportemental entrainant l’apparition de la violence. Ne soyez pas dupe, ce n’est pas parce que vous établissez le dialogue que le danger disparaît.

1) Les conditions rendant le dialogue quasi impossible

Avant de vous expliquer comment on peut en effet inverser une situation qui semble au premier abord dangereuse, il convient de fixer les limites de cette manoeuvre afin d’éviter de vous leurrer et vous préparer psychologiquement à la manifestation de la violence. Les situations décrites ci-après représentent des cas extrêmes dans lesquels la dissuasion est virtuellement impossible et déconseillée en ce que vous abaisserez inéluctablement votre garde en vous concentrant sur la portée de votre discours.

  • Les agresseurs sous dépendance de la drogue : les effets des produits narcotiques, selon la substance ingérée par votre agresseur, peuvent être très puissants, provocant hallucinations, accès de rage, comportements violents, perte de repères… qui sortent votre interlocuteur de la réalité dans laquelle vous évoluez. Vous avez sans doute entendu parler par exemple de ce drame récent survenu aux États-Unis où un toxicomane s’est mis à dévorer le visage d’un sans abri. Pensez-vous sincèrement que vous auriez pu le toucher avec des mots ? Il en va de même avec la sensation de manque. Si une personne sous addiction vous braque pour de l’argent, elle ne lâchera pas prise, tant le manque l’obsède. Inutile de tenter de raisonner dans ce cas-là. Soyez prêt à recourir à la violence pour vous défendre, sans quoi vous risquez de rester sur le carreau. Les toxicomanes peuvent représenter une réelle menace en ce que certaines drogues confèrent un surplus de force physique et limitent le ressenti de la douleur. Si vous voyez une personne agir bizarrement, avec les yeux un peu trop rouges, qui ne marche pas droit, parle toute seule et s’en prend avec véhémence aux passants, le mieux est alors d’anticiper tout incident en rebroussant chemin.
  •  Les agresseurs sous emprise de l’alcool : là encore l’alcool peut avoir un effet très néfastes (on connaît tous quelqu’un qui a « l’alcool mauvais »). Cette situation est légèrement plus ambiguë en ce que certaines personnes pourront malgré tout être raisonnées en entrant dans leur jeu et en établissant un rapide lien de camaraderie. Cela reste malgré tout dangereux en ce que les réactions d’une personne ivre sont totalement imprévisibles et que certaines ne seront alors motivées que par la violence en elle-même. Comme lors de la prise de certaines drogues, l’alcool confère une plus grande résistance à la douleur, ce qui peut vous handicaper en cas de matérialisation physique de la confrontation.
  •  Les situations de non-retour : c’est ici une raison plus contextuelle qui poussera votre agresseur à n’écouter aucun argument pouvant le dissuader de faire usage de la violence. Si vous avez été témoin d’un acte grave, comme une altercation qui finit dans une mare de sang, ou une tentative de meurtre et que votre agresseur croise votre regard, il pourra vouloir s’en prendre à vous pour éviter que quelqu’un ne puisse l’identifier. Si votre agresseur dispose d’une arme et qu’il a déjà tenté de l’utiliser, il sait que sa position est compromise, et il y a peu de chances pour qu’il décide subitement de vous écouter. Si vous avez provoqué sa colère en le narguant, se moquant de lui ou en le défiant du regard, il sera aussi difficile de lui faire entendre raison. Vous devez identifier et anticiper l’état psychologique de votre agresseur afin d’évaluer la portée d’une éventuelle tentative de dissuasion.

2) Comment établir le dialogue et persuader votre agresseur de ne pas avoir recours à la violence ?

Si la situation n’est pas désespérée vous pouvez tenter d’utiliser vos talents d’orateur pour vous sortir d’un mauvais pas. Il faudra pour cela adopter un langage corporel adéquat et ne pas fléchir sur votre détermination ou montrer votre peur.

  • Langage corporel et attitude à adopter : si vous décidez de prendre la parole, vous devez toujours regarder votre agresseur dans les yeux, vous assurer que votre voix ne tremble pas et montrer fermeté et assurance. Ne menacez pas votre agresseur (si vous possédez vous-même une arme de défense, ne la brandissez surtout pas). N’avancez pas vers lui et ne faites pas de gestes brusques. Évitez tout signe de nervosité comme le fait de serrer les poings, de baisser la tête ou encore de respirer trop rapidement. Votre décontraction est un des leviers de votre persuasion. Ne vous emportez pas si votre agresseur utilise la violence verbale. Tant qu’il ne se rapproche pas physiquement de vous, vous restez en contrôle de l’échange.
  •  La communication verbale : pour parvenir à freiner les ardeurs de votre agresseur, vous devez bien peser le poids des mots ou expressions que vous employez. Parlez calmement et lentement, sans utiliser de phrases qui pourraient avoir un double-sens ou qui pourraient être mal perçues. N’utilisez de vocabulaire soutenu pour que votre interlocuteur ne pense pas que vous voulez le faire passer pour un idiot en mettant en lumière ses lacunes culturelles ou intellectuelles. Ne soyez pas non plus trop prompt à le considérer comme un ami. Si cette évolution est acceptable après un échange de quelques minutes, elle doit se faire progressivement. N’utilisez l’humour que si ce dernier ne porte pas directement atteinte à votre agresseur. Plus vous paraîtrez sûr de vous et serein plus votre dissuasion sera efficace.
  •  Les arguments utiles : insistez sur les conséquences de l’acte et l’inutilité de franchir de telles limites. Si vous montrez que vous n’avez pas peur, cela prendra alors tout son sens. Introduisez dans la conversation le fait que vous ne voulez absolument pas vous battre, mais que vous ne vous laisserez pas faire pour autant. Demandez-lui si le jeu en vaut vraiment la chandelle. Certains arguments de situation peuvent aussi être utilisés. Si votre agresseur sort une arme de blanche, vous pouvez par exemple lui signifier le risque qu’il encoure en l’utilisant de par la maladie contagieuse que vous avez contracté. Accompagné d’une posture assurée et d’une détermination sans failles, un discours bien construit peut faire la différence si votre agresseur est hésitant. Certains leviers psychologiques comme la notion de compréhension de la situation de votre agresseur, du fait qu’il pourrait bien regretter son geste à cause des conséquences (notamment légales), peuvent aussi être activés. Plus votre agresseur est jeune, plus ils auront d’impact. Ne jouez pas le rôle de parent, mais démontrez-lui qu’il y a mieux à faire que de braquer les gens. Parlez-lui de son futur, de ses rêves… Vous devez désamorcer la situation en dédramatisant son acte. Un agresseur ne s’attend pas à être compris et à établir un dialogue. Sa psychologie n’est pas adaptée au débat et c’est en cela qu’il peut devenir efficace.

La dissuasion représente plusieurs avantages : en premier lieu, cela peut vous permettre d’éviter le recours à la violence. Mais ce n’est pas tout. En effet, le fait d’établir un dialogue vous ouvre une nouvelle option : l’initiative.

Si vous voyez que vos arguments ne touchent pas votre cible, vous pourrez toujours surprendre votre assaillant en agissant en plein milieu d’une phrase : soit en prenant la fuite (ce que nous vous conseillons) soit en le neutralisant. Mais n’oubliez pas que vos atouts principaux sont votre détermination et la force intérieure que vous dégagez.

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